Dimanche 25 novembre : le Christ, Roi de l’univers

Daniel 7,13-14,    Psaume 92,     Apocalypse 1,5-8,     Jean 18,33-37

 
Le pouvoir

La Royauté du Christ, c’est le contraire de l’exercice du pouvoir. C’est le service, c’est le don de soi jusqu’à la mort.

L’expression “Christ Roi” est un pléonasme, mais elle signifie que le Christ d’Israël prend un pouvoir universel, sur l’humanité et la nature, à laquelle l’humanité est liée. Rien de plus troublant que la possibilité donnée à des hommes de peser sur la liberté d’autres hommes, de les diriger. De quel droit, à quel titre ? Depuis toujours, on a inventé des systèmes pour désigner les détenteurs de l’autorité : hérédité, élection… parce que l’autorité paraît indispensable pour juguler les risques de violence nés de la compétition sauvage. Chacun en effet aspire à quelque pouvoir car, outre d’autres avantages, cela le rassure sur son importance, sa valeur, et le place au centre des regards. Il y a donc une recherche du pouvoir. Un grand homme politique français disait qu’une fois qu’on a goûté au pouvoir, on ne peut plus s’en passer. Drogue qui fait oublier à l’homme sa fragilité. La recherche du pouvoir pour lui-même est vicieuse, car ce qui justifie le pouvoir c’est d’abord “l’inégalité”, c’est-à-dire la supériorité, et cette supériorité doit être réelle : plus de savoir, plus d’intelligence, plus d’esprit de décision. Tout cela peut justifier que l’on exerce un pouvoir sur d’autres, au moins provisoirement et si ce pouvoir est accepté. Et tous nous exerçons des pouvoirs, en vertu de nos compétences ou de nos responsabilités. Pouvoirs dans notre domaine, à notre mesure (familial, professionnel, etc.). Qu’en est-il du pouvoir du Christ ?

 

Quel pouvoir ?

 
 Jésus dit à Pilate que sa royauté n’est pas de ce monde. Cela signifie qu’elle ne lui est pas conférée par des hommes : il ne la tient ni de sa nation, ni des chefs des prêtres ; cela signifie aussi qu’il ne l’exerce pas comme les souverains ordinaires : il n’a ni gardes, ni armée, il ne fait pas “sentir son pouvoir”. Enfin cette royauté n’est pas de même nature que les autres : elle ne vise pas à contenir et endiguer la violence possible des rapports humains, projet qui suppose l’exercice d’une violence supérieure, d’une contrainte. Le pouvoir du Christ s’exerce en supprimant dans l’univers la racine même de la violence. Il faut entendre ici violence en un sens très large : la tentative de substituer notre volonté à la liberté d’autrui. Mais comment peut-on régner sans s’imposer ? Jésus le dit à Pilate : “Je suis venu rendre témoignage à la vérité.” Mais qu’est-ce que la vérité ? En un sens, c’est Dieu lui-même, mais on peut essayer d’être plus précis : pour l’homme, la vérité est ce qui le fait exister réellement, ce qui est dans le sens de sa création. Au contraire, le mensonge est ce qui le fourvoie sur une route sans issue, ce qui l’engage dans des impasses. Il y a donc une connivence entre l’homme et le témoignage du Christ : la vérité s’impose (pouvoir) parce qu’elle est la vie même de l’homme. Paul dit : “Nous n’avons de pouvoir que pour la vérité.” Une vérité qui dépasse celui qui l’annonce. Ce qui justifie le pouvoir du Christ, c’est qu’il appelle l’homme à son achèvement.

 

La prise de pouvoir

 
Pour une part, et c’est fondamental, le Christ prend le pouvoir par une démonstration : en se soumettant à la violence (soumission qui est le contraire du pouvoir), il affiche que le vrai pouvoir n’est pas le pouvoir-domination. Il manifeste la vanité et la perversité des conduites qui visent à disposer des autres. Cet écrasement du Christ est présenté par Jean comme une “élévation” : le Christ crucifié est élevé de terre et du coup tous les regards se tournent vers lui. Il attire tous les hommes parce que la vérité attire tout ce qu’il y a en nous de vrai. Pourquoi le mot “démonstration” ? Parce que Jésus met devant nos yeux, à nu, le péché de l’homme, son mensonge, et la vérité de l’amour. Il ne nous impose pas la vérité : ce serait revenir aux attitudes de violence qui sont le contraire de la vérité, donc non-sens ; il nous montre la vérité et “tous ceux qui sont de la vérité entendent sa voix” et se font disciples. Telle est la Royauté du Christ, qui ne ressemble à aucune autre car elle se présente sous la figure du contraire de la royauté. Le seigneur est celui qui se fait serviteur, et ne peut être seigneur que celui qui se fait serviteur.

P. Marcel Domergue, jésuite

Un commentaire à

  • Chantal HAMOIGNON

    Comment se fait-il que plusieurs commentaires du père Domergue ne soient pas accessibles, en octobre et en novembre ? Je trouve déjà dommage qu’ils soient souvent publiés sur votre site en retard mais, quand le lien ne fonctionne pas, c’est très décevant. Ce qu’il écrit est tellement riche ! (J’apprécie aussi, je l’avoue, de ne pas m’abonner à “Croire”, revue qui est trop chère pour moi.)

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