Le témoignage de Colette
Dans
la vie, il n’y a pas de hasard. Ce sont les évènements,
les autres, la vie qui nous conduisent à entrer de plus en plus dans
la volonté de Dieu et à l’accomplir. C’est dans
ce sens que je relis mon insertion au milieu des jardins.
Je ne peux pas m’empêcher de reprendre le texte du livre du Deutéronome au chapitre VIII, 2 et suivant : « Tu te souviendras de toute la route que le Seigneur ton Dieu t’a fait découvrir depuis…. Dieu faisait ton éducation comme un homme fait celle de son fils. »
Après des années de chômage et de travail intérimaire un jour je suis rentrée à la communauté en disant : « Je n’ai rien trouvé. Il y a bien une formation pour travailler dans les espaces verts. » La communauté me dit : « nous, on te verrait bien là-dedans. »
J’avais peu de temps pour effectuer un discernement mais la nuit fut de bon conseil. Le lendemain, je me suis présentée à l’ANPE qui m’a donné toutes les coordonnées pour aller passer les tests d’accès à la formation. Ce jour même, je me suis présentée. Après avoir effectué les tests, je fus admise en formation : une formation de cinq mois.
Ensuite, avec ma promotion, nous avons entrepris des démarches auprès du Conseil Général et de la Région, pour continuer notre formation vers un CAP ou un BEPA en espaces verts. Nous avons obtenu gain de cause. C’est ainsi que fut ouvert une formation diplômante pour adultes dans les espaces verts. Sept mois plus tard, j’avais en main mon diplôme de BEPA d’aménagements en espaces verts.
J’avais un travail avant même d’avoir terminé ma formation. Après avoir galéré durant de nombreuses années, lors de mon entretien d’embauche, j’entendais que j’étais embauchée définitivement. Mon émotion est toujours aussi grande en évoquant cet instant. J’ai pleuré de joie. Je pense que celles ou ceux qui ont vécu le chômage le comprendront.
Jardinier parmi les jardiniers
Le 15 juin 1996, date que je n’oublierais jamais. Ce jour là, je me suis demandée qu’est-ce que je venais faire dans ce milieu d’hommes. Des surprises m’attendaient. J’étais au palais de la découverte. Ce fut un déplacement de première classe. J’étais là pour faire humanité avec cette humanité rude et sans délicatesse. J’ai eu envie de fuir, d’aller ailleurs. Je crois que le Seigneur m’aurait dit : « où vas-tu Colette ? » Est-ce bien là ton chemin ? » Je pense à un autre texte qui se trouve dans le livre de Daniel au chapitre 111, 27 : « Le feu n’avait aucun pouvoir sur leur corps ; la chevelure de leur tête n’avait pas était roussie ; leurs manteaux étaient intacts et l’odeur du feu n’avait pas passé sur eux. »
Faire vœu de pauvreté est un acte public qui nous engage dans la vie religieuse. Mais vivre la pauvreté, chaque jour, est un long chemin. Au début, je ressentais durement cette pauvreté, cette dureté. Et, petit à petit, j’ai compris le sens de ce « vivre avec ». Du moins il m’a été donné d’entrer joyeusement dans cette mission qui m’était confiée à travers la mission de ma Congrégation.
J’ai fait mien ce passage de l’Evangile dans le livre de Saint Luc VI, 31 : « Et comme vous voulez que les hommes agissent envers vous, agissez de même envers eux. »
Colette