Topo#5 - Dieu me sauve , me laisser pardonner

Je fais souvent l’expérience d’être blessé, de m’enfermer, de ne pas aimer ou de ne pas me laisser aimer comme je le voudrais. Dieu qui n’a qu’un désir – de m’aimer et de me partager sa vie – n’a de cesse de me pardonner, de me sauver, de renouer avec moi et en moi ce lien d’Amour qui fait vivre.

Et moi, puis-je me laisser pardonner et accueillir son pardon ?

 

Dieu m’aime tel que je suis, et son amour pour moi, je ne peux pas le changer. Cela peut être difficile à accepter, soit parce que j’ai une expérience de l’amour qui m’a blessé et que j’ai peur d’être aimé, soit parce que j’ai une image de moi que j’ai du mal à accepter et à aimer.

Ainsi, par exemple, j’ai peur que Dieu soit trop envahissant et qu’il m’empêche de vivre… ou bien j’ai du mal à me laisser aimer par Dieu parce que je ne peux pas réellement croire que Dieu puisse m’aimer comme je suis, y compris avec mes ombres et mes limites. 

Or c’est bel et bien l’extraordinaire Bonne Nouvelle de notre foi. C’est l’Évangile lui-même qu’est Jésus : il est « Dieu sauve ». C’est la signification même de son nom.

Son Amour me relève, son amour me redonne vie, son amour traverse toute frontière et remet un pont entre Dieu et nous, toujours. 

Dieu me sauve de ce qui m’empêche de vivre… mais qu’est-ce qui m’empêche de vivre ? Qu’est-ce qui m’empêche d’accueillir la vie et l’amour que Dieu veut me donner ?

Nos empêchements de recevoir la vie

Parfois, nous pouvons choisir consciemment de ne pas recevoir la vie. En effet, nous sommes libres et nous pouvons parfois choisir ce qui est contraire à un chemin de vie. 

Ainsi, par exemple : je sais que je ne devrais pas rester seul ce soir car je me referme sur moi-même en ce moment. Je sais aussi que je devrais plutôt faire un effort et rejoindre ces amis qui m’ont proposé de les rejoindre… je le sais, je le sens, et pourtant… Je choisis de rester broyer du noir tout seul… Dans ce cas précis, je ne choisis pas la vie à laquelle Dieu m’appelle. Pourquoi ? Difficile à dire….
St Paul lui-même a fait cette expérience et s’en plaint : « Je fais le mal que je ne voudrais pas et je ne fais pas le bien que je voudrais » (Rm 7, 18-25)

Il y a aussi des situations où l’on agit, où l’on parle, où l’on pose des choix parce que cela nous semble le meilleur à cet instant. Et après coup, une semaine après, un mois plus tard, l’année suivante, nous constatons que nous n’avons pas posé le geste voulu, que nous n’avons pas posé la parole qui convenait …. Mais nous ne le savions pas… et dans ce cas, il peut arriver que nous nous en voulions.

D’autres fois, notre histoire fait que nous avons du mal à vivre de la Vie à laquelle Dieu nous appelle. Nous reproduisons des schémas qui nous font refuser la vie ou l’amour qui nous est donné.

A y regarder de près, c’est assez déprimant car il y a de très nombreuses occasions de ne pas être du côté de la Vie et de l’Amour…

Et pourtant, ne suis –je pas encore vivant ?

Je respire, j’ai des relations … et les gens ne me fuient pas tous. Il y a bien des gens qui me supportent, je peux certainement trouver un exemple de quelqu’un qui m’a tendu la main à un moment de mon chemin…

Et moi-même, malgré tous mes obstacles à la Vie, je suis encore capable d’un geste d’attention, d’une parole qui réconfortent, d’une présence, de temps donné…

Dieu nous sauve….!  De quoi Dieu nous sauve-t-il ?

Dieu est sauveur en Jésus Christ. Il nous sauve de notre solitude, car en Jésus, Dieu se fait Homme et renoue éternellement notre lien au Père qui nous donne sa vie.

Il nous sauve de notre peur de la mort, par sa propre mort et résurrection. Il nous libère ainsi de la peur de mourir pour pouvoir entrer dans une vie pleine. Celui qui a trop peur de mourir ne pourra pas vivre vraiment. De même que lorsque l’on a trop peur de se tromper on n’ose plus rien essayer. Or notre vie est une marche où nous sommes appelés à poser un pas après l’autre. Nous ne savons pas de quoi sera fait demain.

Et Jésus, « le Chemin, la Vérité et la Vie », nous sauve de tout ce qui est brouillard, mensonge, solitude, confusion, morts en toutes sortes.

Puis-je identifier ce qui est blessé en moi et que Jésus sauve ?

Me laisser pardonner

Au début, je disais qu’il n’est pas si simple d’oser croire que Dieu m’aime. Cela rejoint directement la question du pardon. Dieu-sauve est l’identité même de Dieu. Jésus est venu nous le révéler. Demander pardon, pardonner … suppose déjà de se laisser pardonner, d’accepter, de croire que ce pardon est possible, est réel.

Le pardon, c’est ce qui va au-delà du don.

Dans les évangiles, traditionnellement on oppose la figure de saint Pierre et celle de Judas. Pierre qui a renié Jésus, se laisse toucher par le regard de Jésus. Il a la chance de croiser le regard de Jésus et d’y lire tout l’amour de ce dernier pour lui. Alors Pierre pleure. L’évangéliste est très pudique, très sobre sur cette page d’évangile.

Judas quant à lui, regrette son geste mais il ne croise pas le regard de Jésus il ne va pas oser demander pardon, il ne va pas se pardonner, se laisser pardonner.  Demander pardon et recevoir le pardon d’un autre, demande du courage et de l’humilité.

Recevoir le pardon

On parle d’accueillir, de recevoir le pardon. Recevoir suppose d’ouvrir sa porte, de laisser entrer. Recevoir c’est accueillir.

Dieu n’attend qu’une chose c’est de nous pardonner. Peut-être que certains d’entre nous ont fait cette expérience : une personne nous a blessé, un enfant, un conjoint, un ami. Et cette personne en est consciente. Nous lui avons cependant pardonné et souhaitons renouer la relation, mais lui ou elle a honte, s’en veut, a peur … et n’ose pas demander pardon. Ou alors il a du mal à ne pas nous redemander 15 fois pardon car il ne croit pas que ce pardon soit réellement donné et possible. Peut-être avons-nous été d’un côté ou l’autre de cette relation ?

Recevoir le pardon c’est accepter de se laisser aimer. Et c’est regarder le Christ nous aimer plutôt que se regarder soi-même. Telle a été la différence entre Pierre et Judas. L’important n’est pas de reconnaître sa faute, l’important est de laisser Dieu nous aimer, de laisser le Christ nous sauver. L’important c’est la relation et non l’image de soi. Cela passe par la reconnaissance de sa faute oui, la reconnaissance de ce qui est blessé, oui, mais dans l’horizon de se réconcilier, de refaire Alliance.

La parabole de l’enfant prodigue dans saint Luc est la représentation du Père qui guette le retour de son fils. Le Père l’attend, il le voit arriver de loin. Et le fils n’a pas le temps de dire sa culpabilité que le Père lui redonne sa place de fils. Celui-ci se laisse faire. La joie de l’Amour donné et reçu peut alors s’exprimer pleinement.

Une image pour représenter cela : une corde.

Il en est du pardon comme d’une corde. A chaque fois que l’on a péché en refusant l’Amour de Dieu, la Vie à laquelle Dieu nous appelle, cette corde est comme coupée. Chaque fois que l’on reçoit et accueille le pardon que Dieu veut nous donner, on fait un nœud avec cette corde. Ainsi, la distance se raccourcit entre Dieu qui est à un bout de la corde et nous qui sommes à l’autre bout, et la corde devient plus solide.

Dans un temps de prière avec le Seigneur, je laisse le regard d’Amour du Père ou du Fils me couvrir de sa douceur pour me laisser pardonner, me laisser recréer, me laisser aimer, me laisser réconcilier avec Lui, avec les autres, avec moi-même.

 

7 commentaires

  • MC

    Accepter son invisible, inaudible, impalpable Présence.
    Entends moi Seigneur moi qui ne sais pas dire….

  • M-A Henry

    J’adhère à cette parole citée plus haut : retrouver cet amour de Dieu pour moi “me fait du bien”. Quelle consolation de rencontrer Dieu qui m’aime pour ce que je suis, sans exiger de moi que je corresponde à un modèle, comme c’est souvent le cas dans mes relations humaines, même s’il n’est pas exclu qu’ils me montrent aussi parfois cet amour si précieux.

  • Agnès

    Merci pour cette méditation qui m’a remise devant la puissance salvatrice de Dieu. De ce Dieu qui ne regarde pas mon péché, ni ma culpabilité mais attend et ne désire que.une seule chose me prendre dans ses bras,… À moi de croire suffisamment à cela dans une attitude intérieure d’humilité. Là est ma liberté.

  • Jean-Émile Valois

    Merci pour cette méditation accompagnée de belles images. Je vais sûrement m’en servir pour une retraite paroissiale que nous voulons réaliser sur le pardon. Cela fait du bien de lire ces paroles.

  • L’important c’est la relation et non l’image de soi.

    Parole trouvée dans ce texte libératrice. Comment ne pas l’oublier pour cheminer vers la liberté en Dieu dans un cœur à cœur avec Lui.

  • Solange

    Cette méditation est vraiment, en ce début d’année, pour me conduire vers cet Amour qui m’attend pour entrer dans la Vrai Vie

  • Gérard

    Je commence la nouvelle année avec cette méditation qui me fait du bien. J’ai tellement de difficulté à croire que Dieu peut me pardonner. Pourquoi ? J’agis en pensant d’abord à moi et pas à Dieu. Je le sais mais je ne le change pas. C’est comme si je ne voulais pas entrer dans le combat. Je préfère mon confort à une vie plus pauvre.

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