Mary Ward, apôtre audacieuse du Seigneur

La vénérable Mary Ward (1585-1645), une femme libre et engagée à la suite du Christ

Mary Ward est née en Angleterre à la fin du XVIème siècle, dans une famille catholique, en pleine période de persécutions. En effet, il ne fait pas bon être catholique en Angleterre à cette période. Les personnes restées fidèles au siège de Pierre sont persécutées fréquemment jusqu’à être emprisonnées. Elle-même aura à souffrir cette persécution contre les catholiques puisque sa maison est incendiée en 1589. C’est son père qui les sauvera, elle et sa soeur.

Elle grandit dans cette situation, témoin de la fidélité des catholiques autour d’elle qui refusent de renoncer à leur foi (sa grand-mère a même fait 14 ans de prison pour avoir refusé d’abjurer la foi catholique). Cela marque sa personnalité et elle devient elle-même une personne qui sera fidèle toute sa vie aux appels du Christ, malgré les oppositions qu’elle rencontrera, peu importe les obstacles qui se dresseront devant elle.

Appelée par le Christ à sa suite …

A 15 ans, elle sent en elle pour la première fois l’attrait pour la suite du Christ et le désir de se donner totalement à lui. C’est en 1606, alors qu’elle a 21 ans, qu’elle traverse la Manche (avec une recommandation du jésuite Holtby) pour Saint-Omer où les jésuites ont un collège et un séminaire. Ces derniers l’envoient chez les Clarisses où elle passe une année. Elle y est heureuse et goûte une grande paix et une consolation intérieure mais elle quitte le couvent au bout d’un an avec la certitude intérieure que le Christ a besoin d’elle ailleurs.

De retour à Londres, elle continue de chercher sa voie en se consacrant à des œuvres de charité. Des compagnes se joignent à elle, ce qui confirme en elle l’appel à une vie apostolique. Or, au XVIIème siècle, les femmes ne peuvent être religieuses que si elles vivent cloîtrées. Elle répondait à cela: “Il n’y a pas de différences entre hommes et femmes… L’histoire nous apprend que de nombreux saints, hommes et femmes, ont fait de grandes choses.

La fidélité au Christ fait d’elle une révolutionnaire!

Elle revient en France avec ses compagnes et elles ouvrent une institution pour jeunes filles anglaises, une manière de vivre leurs aspirations à une vie apostolique. Elles décident de vivre le “zèle des apôtres associé à l’esprit de récollection des ermites et des religieux” et pour cela il leur semble que seule la règle de Saint Ignace peut le leur permettre. Elles l’adoptent donc. On les appelle les “jésuitesses” par dérision. La société n’est pas encore prête à ce style de vie pour des femmes.

Mary écrit au pape pour lui faire part des grandes lignes de ce nouvel ordre féminin, apostolique, où les sœurs ne sont pas cloîtrées et ne portent pas l’habit religieux uniforme et ont un lien d’obéissance spécial au pape. Si l’évêque de Saint-Omer les défend contre les médisances qui circulent à leur sujet, elles ne peuvent malgré tout être considérées comme religieuses.

La réputation de Mary commence à être reconnue partout, de même que le bien que font les sœurs. La première maison devient trop petite pour toutes les jeunes filles qui leur sont envoyées. L’évêque de Cantorbury dira même d’elle alors qu’elle visite clandestinement l’Angleterre : “Cette femme fait beaucoup plus de tort que beaucoup de prêtres. J’échangerais volontiers six ou sept jésuites pour elle…” Elle sera emprisonnée plusieurs fois.

Elle part pour Rome pour défendre elle-même son projet. Elle est reçue avec bienveillance par le pape mais ne reçoit toujours pas d’approbation officielle, la congrégation pour le clergé étant sous le choc de cette rencontre : c’est la première fois qu’une femme vient elle-même présenter un projet de fondation religieuse. Sa proximité avec les jésuites qui sont au cœur d’un conflit avec le clergé en Angleterre joue en sa défaveur. Le supérieur des jésuites, quant à lui, est encourageant mais ne la soutient pas officiellement pour autant.

Mary, toujours décidée, ouvre avec ses compagnes une école pour les jeunes filles pauvres de Rome… pour convaincre par l’action. C’est un succès! Mais devant les doutes du clergé, elle se voit obligée de fermer l’institution. Les parents manifestent publiquement leur colère contre cette décision qui a été imposée aux sœurs.

Quelques années plus tard, elle revient à Rome pour rencontrer le nouveau pape qui la soutiendra et la fera même libérer de prison. Impressionnée par sa personnalité, il la prend sous sa protection directe.

Servir jusqu’au bout…

Après avoir fondé des institutions à travers l’Europe continentale, dans des conditions très périlleuses, Mary repart pour Londres où elle demande de pouvoir fonder des écoles. Elle travaille avec passion à former des collaboratrices au travail pédagogique.

Mais la guerre civile anglaise la contraint à quitter Londres pour se réfugier dans une résidence appartenant à sa famille près de York. Elle y reçoit des prêtres catholiques clandestins, parfois même jusqu’à cinq en même temps. Elle y vit sa plus grande souffrance qui est de ne pouvoir recevoir l’Eucharistie pendant plusieurs semaines alors que la ville est assiégée et qu’elle refuse de la quitter.

Elle meurt en 1645 et est enterrée dans un petit cimetière par précaution, par peur de profanation anti-catholique.

De ce premier groupe apostolique sont nées deux congrégations, la Congrégation de Jésus (présente en Angleterre) et les sœurs de Notre-Dame de Lorette (présentes partout dans le monde).

 

 

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