Saint Alberto Hurtado, apôtre de l'engagement

Alberto Hurtado sj

St Alberto Hurtado (1901-1952) et le problème de l’engagement

A la suite du Christ venu « jeter un feu sur la terre », le saint jésuite chilien Alberto Hurtado est un homme de l’urgence. « Ce feu, comme je voudrais qu’il soit déjà allumé »… Pas de souffrance qui ne demande remède. Pas de problème qui ne requière solution. Le chrétien est sollicité! Il doit répondre. Avec un cœur large et généreux… Quitte à s’épuiser à la tâche ? Ou l’apôtre doit-il savoir mesurer son effort ? La vie d’Alberto Hurtado, trop courte peut-être– il meurt en 1952 à l’âge de 51 ans– illustre cette tension.

Une énergie en « pot d’échappement »

Lire Hurtado, c’est suivre un train lancé à pleine vitesse… Ce cœur qui parle, un « chaudron bouillant qui a besoin d’échappement » pour citer un de ses accompagnateurs spirituels. Chez Hurtado, il faut que tout sorte. Ne rien garder. Il est, dans ses propres mots, une flèche « lancée à travers l’éternité »Cette flèche, dès qu’elle trouve sa cible, file droit qu’importe le sens du vent. Alberto a les yeux pour repérer la misère. Il déploie alors toute la « tension conquérante » afin d’y répondre. Pour lui, être chrétien, c’est voir, s’émouvoir, et agir. Et semble-t-il : agir vite. Sans se ménager, car « on ne va loin que quand on est déjà fatigué ». Nous voilà en face d’un saint activiste ?

Le privilège de devenir Christ

alberto_hurtado-microComme souvent pour les saints (ou n’importe qui !), le cas Hurtado n’est pas à suivre à la lettre… Peut-être faut-il mettre de côté son lyrisme pour être touché par sa personnalité mystique : cette petite voix qui chuchote derrière les grands mots, les discours, cette voix qui indique discrètement à quoi carbure son moteur ?

Parce qu’avant d’être le pompier de toutes les urgences, Alberto est homme d’une rencontre. Une rencontre avec un autre homme fait de chair et d’os. Pour Hurtado, Jésus devient vrai, réel, humain lorsqu’il ouvre à ce pauvre qui frappe à sa porte. Oui, Jésus est ce pauvre. Le pauvre porte le nom du Christ. C’est ce regard de pauvre qui appelle, qui crie et qui annonce l’Évangile. C’est ce regard qu’il faut s’empresser de retrouver dans les yeux des grands oubliés. Ceux du Chili, ceux d’ailleurs. Ce sont les pauvres– ces Jésus– qui offrent à Alberto ce privilège de devenir davantage Christ pour ses frères et pour nous aujourd’hui.

La mesure de l’effort

Devenir Christ, ce n’est pas devenir un forcené de la grâce, un activiste, un expert en efficacité divine et en régime surnaturel. Alberto le rappelle : « Tout effort qui veut dépasser le plan de Dieu est inutile, pire encore, nocif. L’activité sera remplacée par l’activisme qui monte comme le champagne, prétend atteindre des objectifs inaccessibles et ne laisse aucun temps à la contemplation ».  Contempler, suivre le plan de Dieu : vaste programme ! Et l’on s’y trompe souvent; notre flèche Hurtado pressent le danger, celui de « l’action excessive ». Y cède-t-il parfois ?

Comment donc y voir plus clair ? Comment ne pas se perdre ? Comment se sauver de toute hyperactivité? Quelle mesure à tout cela ?

En un mot : l’amour. Car « celui qui a rencontré Dieu est comme celui qui tombe amoureux pour la première fois[…]tous ses doutes sont superficiels, au fond de lui règne la paix. La seule chose qu importe, c’est que Dieu est présent, Dieu est Dieu. »

Ce geste amoureux épuise, consume parfois. Mais il faut le risquer quand même.

Trouver son style d’amour

padre_hurtado_creusantHurtado, en quoi est-il un modèle pour le chrétien aujourd’hui ? Que nous dit-il ? Que c’est possible de « tomber amoureux » d’un Jésus bien réel. Qu’il est nécessaire de répondre à ce grand désir d’aimer jusqu’au bout. D’une manière aussi cavalière? En tout cas, notre saint chilien aura trouvé son style d’amour, son vocabulaire propre pour parler à Dieu et le servir. Et au-delà des succès apostoliques, entendons d’abord le témoignage d’Alberto Hurtado comme une invitation à se laisser « tomber » en amour… Et à trouver son style !

« Tombe amoureux, demeure dans l’Amour, et l’Amour décidera de tout », nous dit un autre jésuite connu du 20e siècle, Pedro Arrupe… L’amour, – encore l’amour, toujours l’amour– est science de l’engagement : il ne s’agit d’un programme à déployer scrupuleusement après avoir établi de manière technique un quelconque plan de Dieu mais bien de chercher en toute chose le regard du Christ avec ce désir de continuellement tomber, retomber amoureux. « D’une manière définitive,  absolue ». Nous y trouverons la Joie. La Joie qui en toute circonstance nous fera dire avec Alberto: « Contento, Señor. Contento ! ».

Repères biographiques

  • 22 janvier 1902 : naissance d’Alberto Hurtado Cruchaga à Viña del Mar au Chili dans une famille de deux enfants
  • 1905 : décès de son père, événement qui entraîne, entre autres, de sérieuses difficultés financières pour la famille. Alberto Hurtado connaît très jeune la pauvreté.
  • 1909-1917 : études au collège Saint Ignace
  • 1918-1923 : études de droit à l’Université catholique du Chili
  • 15 août 1923 : entrée dans la Compagnie de Jésus, date choisie par amour de la Vierge Marie
  • 24 août 1933 : ordination presbytérale. Il écrit : « Maintenant je suis prêtre […] je n’ai plus qu’un désir, exercer mon ministère avec la plus grande intensité de vie intérieure et d’activité extérieure. »
  • 1945 : Fondation du Hogar de Cristo
  • 18 août 1952 : Décès
  • 23 octobre 2005 : Canonisation d’Alberto Hurtado par Benoît XVI

Hogar de Cristo : Un toit pour Jésus

Nous sommes en 1944. « Un pauvre homme affligé d’une amygdalite aigüe, grelottant en manches de chemise » se présente à Alberto Hurtado. Il n’a nulle part où s’abriter. Pour Alberto, c’est Jésus qui dort dehors. Le 16 octobre, en prêchant une retraite à un groupe de femmes, il dit : “Le Christ erre dans nos rues dans la personne de tant de pauvres, souffrants, malades, jetés hors de leurs pauvres taudis[…] Le Christ n’a pas de foyer ! Ne pourrions-nous pas Lui en offrir un ?” Ces mots sont les pierres de fondation du premier Hogar de Cristo, le Foyer pour le Christ, car dès la fin de la retraite, les premiers dons lui sont remis : bijoux, argent, un terrain…

Aujourd’hui la Fondation Hogar de Cristo compte 474 centres au Chili et touche plus de 21 000 personnes.

(Cédric LECORDIER, jésuite)

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4 commentaires

  • Agnès BISSARDON

    Merci beaucoup pour ce très bel article qui m’amène à réfléchir sur ma vie
    Je n’arrive pas toujours à avoir du discernement.Je confonds l’activisme et l’activité.Je vais essayer de prendre un peu de recul dans mes engagements à la lumière de ce saint chilien

  • Joceline Minerve

    Merci à Cédric Lecordier pour ce bel article qui nous a fait connaître ce saint Chilien original, jésuite de son état.

  • Colette

    merci de nous faire rencontrer ce saint, qui continue par sa fondation Hogar de Christo d’apporter la joie aux plus pauvres.

  • Jean

    très belle vie ! enseignements en actes et en parole !
    edifiant …

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