Consentir - Marie-Thérèse Abgrall

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Marie-Thérèse Abgrall fait partie de la communauté apostolique Saint François Xavier. Dans cet article, paru dans la revue
Christus en janvier 2001, elle nous invite à habiter notre vie en y consentant et en l’aimant.

 

Ne pas fuir. Prendre à bras-le-corps ce réel qui me résiste : le temps qu’il fait, mon état intérieur ou physique et celui de mes proches, le travail pesant ou léger, les rencontres qu’il m’est donné de faire, les autres auxquels je me heurte, l’événement qui contrarie mes projets ou la situation qui m’est imposée par les circonstances, voilà la trame de ma vie, ce qui la rythme et structure, le lieu où Dieu me fait signe. Il me rejoint là et non ailleurs, dans la vie rêvée, la vie projetée. Dur roc du réel : je m’y brise ou je m’y construis.

Qui n’a rêvé d’être autre, d’être ailleurs ou de rendre les autres conformes à soi ou à ses rêves ? Qui n’a pensé qu’à changer le monde il serait parfait, qu’à changer les autres (notre communauté, l’Église, le couple que nous formons, nos compagnons de route ou de travail) la vie serait meilleure et plus légère ! À notre impatience face aux limites, à notre désir d’une perfection idéale, répond la sagesse des humbles consentements à ce qui est. Le « donné » avec son lot de déterminismes et d’apparents hasards devient alors « reçu », comme lieu d’expérience spirituelle, où se joue ma liberté d’accueillir ou de refuser. Il ne s’agit pas là, en effet, d’une sagesse humaine (même si la prise en compte du réel est la seule voie pour une pleine efficacité en ce monde et dans la conduite de notre vie) mais bien d’une attitude spirituelle, d’une sagesse venant de l’Esprit et que seul nous enseigne l’Esprit.

À travers les contraintes et les résistances de ce qui échappe à mes prises, j’éprouve jusqu’à la douleur et la violence parfois, que ni les temps et les moments, ni les choses, ni les êtres ne m’appartiennent. Bienheureuse expérience de dépossession, de non-maîtrise, qui me livre jour après jour à la dépendance du Père, à la rencontre vraie des frères ! Dans cette distance même, et à cause d’elle, une proximité nouvelle peut se vivre : je les accepte tels qu’ils sont, tels que leur vie et la mienne les a faits, nous a faits ; j’entre avec eux dans une histoire commune.

Nous rejoignons ici la grande leçon d’expérience que Thérèse de l’Enfant Jésus sut si bien faire vivre à ses novices, celle d’un réalisme spirituel qui se nourrit des plus petits faits de vie, qui intègre tout, car « tout est grâce », et tout aussi est chemin. Habiter notre vie, c’est y consentir, c’est l’aimer. Le consentement est toujours un amour, non une résignation morose. Les méandres de notre histoire, les échecs de nos rencontres et relations, nos chutes mêmes et nos fragilités, nos limites et pesanteurs (tout autant que nos réussites et nos dons) sont le bois où peut prendre le feu de cet amour. Ici et maintenant.

                                             Marie-Thérèse Abgrall, « La grâce du consentement », in Christus, janvier 2001

Quelques pistes pour intérioriser cet écrit spirituel :

D’abord…

  • Je commence par déterminer le moment, le lieu et la durée de ma prière.
  • Je me dispose sous le regard de Dieu, un regard qui m’aime.
  • Je demande la grâce de laisser ces mots me toucher intérieurement.

Puis… à un moment où je suis disponible intérieurement, où j’ai du temps,

  • Je lis cet écrit lentement, paragraphe par paragraphe, en laissant les mots résonner et faire écho en moi.

Je prends le temps de noter une parole, un désir, une demande.

 Pour terminer…

  • Je parle à Dieu comme un ami parle à un ami. Je peux lui demander une grâce pour vivre ce qu’il m’appelle à vivre aujourd’hui.
  • Je redis le Notre Père, en communion avec toute l’Église.

 

 

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