Une vie belle et riche de sens - Etty Hillesum

Etty Etty Hillesum (1914-1943) est une jeune femme juive hollandaise qui mourut à Auschwitz en 1943. Au début de la guerre, elle commença à écrire un journal, aujourd’hui publié sous le titre “Une vie bouleversée”.
Ses écrits témoignent d’une évolution de sa pensée et de sa réflexion, dont nous partageons ici un moment : en 1942, à 27 ans, dans le contexte d’une vie rendue toujours plus difficile par les nazis, elle écrivait : “la vie est belle et riche de sens, et mérite la peine d’être vécue à chaque instant”.

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Ce matin en longeant à bicyclette le Stadionkade, je m’enchantais du vaste horizon que l’on découvre aux lisières de la ville et je respirais l’air qu’on ne m’a pas encore rationné. Partout des pancartes interdisaient aux Juifs les petits chemins menant dans la nature. Mais au-dessus de ce bout de route qui nous reste ouvert, le ciel s’étale tout entier. On ne peut rien nous faire, vraiment rien.

On peut nous rendre la vie assez dure, nous dépouiller de certains biens matériels, nous enlever une certaine liberté de mouvement tout extérieure, mais c’est nous-mêmes qui nous dépouillons de nos meilleures forces par une attitude psychologique désastreuse. En nous sentant persécutés, humiliés, opprimés. En éprouvant de la haine. En crânant pour cacher notre peur. On a bien le droit d’être triste et abattu, de temps en temps, par ce qu’on nous fait subir : c’est humain et compréhensible. Et pourtant la vraie spoliation c’est nous-mêmes qui nous l’infligeons.

Je trouve la vie belle et je me sens libre. En moi des cieux se déploient aussi vastes que le firmament. Je crois en Dieu et je crois en l’homme.

J’ose le dire sans fausse honte. La vie est difficile mais ce n’est pas grave. Il faut commencer par « prendre au sérieux son propre sérieux », le reste vient de soi-même. Travailler à soi-même, ce n’est pas faire preuve d’individualisme morbide. Si la paix s’installe un jour, elle ne pourra être authentique que si chaque individu fait d’abord la paix en soi-même, extirpe tout sentiment de haine pour quelque race ou quelque peuple que ce soit, ou bien domine cette haine et la change en autre chose, peut-être même à la longue en amour – ou est-ce trop demander ? C’est pourtant la seule solution…

Ce petit morceau d’éternité qu’on porte en soi, on peut l’épuiser en un mot aussi bien qu’en dix gros traités. Je suis une femme heureuse et je chante les louanges de cette vie, oui vous avez bien lu, en l’an de grâce 1942, en la énième année de guerre.

 

Quelques pistes pour intérioriser cet écrit spirituel :

D’abord…

  • Je commence par déterminer le moment, le lieu et la durée de ma prière.
    Je me dispose sous le regard de Dieu, un regard qui m’aime.
  • Je demande la grâce de découvrir la beauté de la vie et l’horizon de liberté intérieure qui s’ouvre devant moi.

Puis… à un moment où je suis disponible intérieurement, où j’ai du temps,

  • Je lis cet écrit lentement, en laissant les mots et les images résonner en moi.
  • Puis je me demande :

> quelles images ou quels mots me touchent le plus ? 

> quels sont pour moi aujourd’hui les obstacles majeurs à ma joie, à mon goût de vivre ?

> quel regard nouveau sur ma vie est-ce que je me sens appelé-e à poser, à la manière d’Etty Hillesum ?

Je choisis quelques paroles que je répète, que je rumine, tant qu’elles me donnent du goût.

  • Quelle prière ai-je envie d’adresser au Christ aujourd’hui ? Je lui parle comme un ami parle à son ami, comme un serviteur à son maître.

Pour terminer…

  • Je redis le Notre Père, en communion avec toute l’Église.

 

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