Le Coeur de Jésus (Pedro Arrupe, jésuite)

Le Cœur du Christ éclaire le mystère de Dieu

Le Cœur du Rédempteur a pour nous encore une signification plus profonde. Dans la lumière de la foi, il est le symbole de l’amour infini du Rédempteur envers le Père et envers les hommes, il évoque l’incarnation et la rédemption, c’est-à-dire les œuvres de l’amour de Dieu pour nous. Le Cœur du Christ signifie par quelle voie nous pouvons atteindre les profondeurs de notre foi ; il est comme un admirable portail ouvert devant nous pour que nous puissions entrer dans la profondeur du Dieu un et Trinité, et que nous puissions découvrir les œuvres extérieures de ce même Dieu qui est tout amour et don de soi pour nous. Qui s’attache à cet amour divin à travers le symbole du Cœur de Jésus trouve l’inspiration la plus riche pour vivre en fils de Dieu et pour répondre à tant d’aspirations intérieures qui lui viennent de ce même Dieu.

Le Cœur de Jésus est une porte ouverte sur l’intimité divine. Par lui nous pouvons nous approcher avec un immense respect du « Saint, Puissant et Immortel » qui a voulu nous révéler son mystère « caché durant des siècles, mais maintenant révélé. » (Rm, 16,25-26). Nous rejoignons ici l’expérience de saint Jean de la Croix : « Plus on s’approche de Dieu, plus s’épaississent les ténèbres, plus on découvre d’obscurité et d’impuissance. » (Nuits obscures, 11, 16). Mais, même enveloppés par l’obscurité du mystère, nous percevons une lumière qui nous fait pénétrer de manière admirable en ses profondeurs, c’est « une obscurité lumineuse » qui nous enseigne « la sagesse de ne pas savoir, en transcendant toute science. »

Ce mystère de l’amour est celui de la vie trinitaire, de communion et de communication. Il est, dit saint-Ignace, communication de tout ce que l’on possède et de tout ce que l’on est. » (Exercices spirituels, 231).

Telle est la vie intra-trinitaire : le Père engendre le Fils en lui communiquant de toute éternité la plénitude de son être divin. Le Fils répond de toute éternité en se donnant totalement au Père dans l’élan de l’amour (Jn 1,1). En cela consiste ce mystère de l’amour divin dans lequel les Personnes, infiniment parfaites en elles-mêmes, se communiquent l’une à l’autre pleinement leur être propre. Et cette communication réciproque entre le Père et le Fils est si grande, si étroite, si intime, qu’elle est aussi une Personne, le Saint Esprit. Aucune des trois Personnes n’existe pour elle-même, ne s’appartient, si ce n’est en se référant et en se donnant aux deux autres simultanément. Tout leur être est une pure et complète « sortie de soi », une « ex-tasis », une « aspiration », une « irruption » vers les autres, selon les expressions des Pères grecs.

 

In Comme je vous ai aimés, choix de textes sur le Cœur du Christ, Pedro Arrupe, pp.72-74, éditions Fidélité, 1986

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