11 mars 2012, 3ème dimanche de Carême

Références bibliques
Exode 20, 1-17
Psaume 18
1 Corinthiens 1, 22-25
Jean 2, 13-25

Le commentaire des lectures bibliques
par Marcel Domergue, jésuite, rédacteur, Cahiers Croire

 

Les marchands chassés à coups de fouet, voilà un épisode déconcertant. Nous savons que Jésus n’a rien à voir avec la violence. Non seulement il prêche la non-violence, quand par exemple il nous prescrit de tendre la joue gauche à celui qui nous frappe sur la joue droite, mais encore il la pratique jusqu’à ne pas se révolter contre ceux qui vont le faire mourir: «Rengaine ton glaive, dit-il à Pierre qui veut s’attaquer à ceux qui viennent l’arrêter, ceux qui se servent de l’épée périront par l’épée » (Matthieu 26,52 ; Jean 18,11). Il faut donc conclure que l’épisode des marchands chassés du temple, même s’il a un fond historique, nous est raconté de manière symbolique. Nous devons nous demander: que veut-on nous dire par là ? D’abord, que le « culte » de Dieu est incompatible avec tout autre culte. Car il s’agit bien de culte: le lieu destiné au culte de Dieu devient pour ces marchands le lieu du culte de l’argent. Nous avons l’illusion que l’abondance de ce que nous possédons nous donne davantage d’être, d’être quelqu’un ou quelque chose, alors que le Christ nous dit que notre être se mesure à ce que nous donnons. Ici, Dieu lui-même et son culte (les animaux vendus sont destinés aux sacrifices rituels) sont utilisés pour faire de l’argent: Dieu est sacrifié à l’idole. Il est en quelque sorte mis dehors, chassé de notre vie. Mettant Dieu dehors, c’est nous-mêmes que nous exilons du « temple », de la résidence de Dieu. Au fond, au seuil de sa « vie publique », c’est-à-dire de l’annonce de la « Bonne Nouvelle », Jésus nous donne une sorte de parabole qui récapitule tout ce qui va se passer. À la fin, il sera lui-même vendu pour trente pièces d’argent, mais de là viendra la victoire de Dieu, de la vie. Méfions-nous de nos idoles secrètes.

 

Le Temple
Le Temple est évidemment au centre de notre lecture. Il répond à une question très ancienne:
« Où trouver Dieu ? » Nous savons bien qu’il est partout, qu’il habite tout ce qu’il crée. Pourquoi chercher un lieu privilégié ? Sans doute pour donner lieu à un rassemblement et instaurer un culte collectif. Et aussi pour signifier la Présence au milieu de nous. L’Arche qui accompagnait Israël tout au long de son Exode devient sédentaire; le peuple s’est installé en Terre promise. La destruction du Temple et l’exil vont obliger Israël à revoir sa conception du lieu de la Présence divine. Au temps de Jésus, le temple a été reconstruit mais, dès le départ, il annonce que « l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne (le mont Garizim, lieu de culte samaritain) ni à Jérusalem que vous adorerez le Père… » (Jean 4,21). Abrégeons: dans notre lecture, Jésus insinue qu’il est lui-même ce temple, le lieu de la résidence divine. Ce nouveau Temple sera détruit par les hommes mais sera relevé en trois jours. C’est le passage par la mort qui donnera sa forme définitive, accomplie, à la présence divine. Mais par cette mort, Jésus épouse la condition humaine jusqu’au bout, y compris le pire. Là, il fait totalement « un » avec nous, dès que nous acceptons, dans la foi, cette unité. Dès lors, à notre tour, nous devenons « Temple », lieu de la résidence divine. Notre corps, pétri de notre esprit, devient le lieu que Dieu habite et où nous pouvons le trouver. À condition que nous soyons décidés à faire un avec les autres et à voir en eux la présence de Dieu. L’Écriture nous le répète. Par exemple en Éphésiens 2,19-22, en 1 Pierre 2,3-7. Le nouveau Corps du Christ, la nouvelle résidence divine, c’est nous rassemblés, non seulement corporellement, mais en esprit et en vérité
dimanche de Carême

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