Quel est ton nom ?

Un texte d’Olivier de Fontmagne sj. Un très beau texte pour méditer sur le nom de Jésus avec un regard renouvelé.

[Il vient au Jourdain se faire baptiser]

–    Comment t’appelles-tu mon petit?
–    Jésus, Madame
–    Mais mon petit il n’y a personne dans ta famille qui porte ce nom.  Sais-tu seulement  ce que Jésus veut dire : « Le Seigneur sauve » ?
–    Oui, Madame, mes parents me l’ont appris, et le scribe de la synagogue me l’a expliqué à travers les Écritures
–     Hé bien, mon garçon, tes parents n’ont pas  mesuré le poids qu’ils t’ont mis sur les épaules ! Je crains pour toi qu’ils n’aient été trop prétentieux.
Oh ! Non, Madame. Ils sont très humbles. Ils ont obéi à une voix d’en haut
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Jésus,  tel était son nom donné par Marie et Joseph, ses parents ; nom qui lui confère son identité de fils d’homme. A ce nom il répondait, à ce nom il était reconnu. Par lui il s’inscrivait dans la lignée de ses pères. Il portait en son cœur, en sa mémoire, en sa chair le passé de son peuple, son histoire sainte et pitoyable. En son nom, Jésus,  il percevait la vocation d’Israël à témoigner du Dieu trois fois Saint ; il ressentait le poids de ses trahisons. A l’appel de son nom l’espérance des pauvres d’Israël l’envahissait, comme une onde venue du plus profond de lui qu’il ne savait pas accorder avec cette  voix venue d’ailleurs : « Jésus, le Seigneur sauve ».
Mu par ces appels inouïs montant du fond des âges et provenant d’en-haut, Jésus grandissait en âge et en sagesse. Jusqu’au jour où sur le bord du Jourdain « il paraît pour se faire baptiser». En dépit des protestations de Jean, il pénètre dans les eaux du fleuve. Ces eaux dans lesquelles soldats, préteurs à gage, publicains, infirmes, pharisiens, les foules viennent se baigner et entendre les paroles de repentance du Baptiste. En elles Jésus plonge et se laisse baptiser par Jean. Il s’immerge dans cette eau semblable à celle d une matrice ; il ne retourne pas dans le sein de Marie d’où il  vint au monde, d’où il tire son  existence singulière, mais il s’abîme dans le ventre d’Ève, celui de l’humanité épuisée de naître et de mourir, implorante de vivre. De cette humanité il est désormais le corps émergeant, l’Adam en attente de remodelage, de salut.
« Dès qu’il fut baptisé, Jésus sortit de l’eau. Voici que les cieux s’ouvrirent » L’Esprit du Seigneur vint sur lui et une voix dit : « Celui-ci est mon Fils bien aimé, en qui je me complais ».

Voici que cet enfant, ce garçon, ce jeune homme qui répond au nom de Jésus, reçoit en sortant de l’eau du baptême  une autre filiation, une nouvelle identité, une origine originante, qui fonde la première, déjà inscrite en son nom, Jésus, promesse faite à Marie sa mère : « Il sera grand et sera appelé fils du Très Haut ».

Voici, désormais Jésus n’est plus seulement ce corps, corps singulier semblable à celui de chacun de nous. Voici que l’humanité mendiante, souffrante, espérante et jubilante est devenue son propre corps. Quel poids sur ses épaules ! Quelles attentes immenses à porter ! Lequel de ces fardeaux sera-t-il le plus lourd ? Quelle filiation se révèlera la plus redoutable : Jésus fils de Joseph et de Marie, fils d’Adam et d’Ève,  ou Jésus « Fils bien aimé » du Père ? Quelle origine sera la plus écrasante : celle de l’Homme ou celle de la Sainteté ? La réponse ne tarda pas : « Alors  Jésus fut conduit par l’Esprit au désert  pour être tenté par le diable ».
Olivier de Fontmagne, sj

 

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