Nuit de Pâques

 

A travers la fenêtre, sans rideau, depuis longtemps je vois une petite étoile me luire.
Je ne dors pas. Mais entre le Samedi-Saint et Pâques, la nuit n’est pas faite pour dormir !
Les montagnes et les forêts attendent, elles m’entourent dans une émanation lumineuse.
La pleine lune, pas à pas, élève, suspend sa face pieuse…

Le soleil n’est pas levé encore : il  y  a  une heure encore de cette immense solitude !
Il n’y a, pour garder le tombeau, que ces millions d’étoiles en armes, vigilantes depuis le pôle jusqu’au Sud!

Et tout à coup, dans le clair de lune, les cloches, en une grappe énorme dans le clocher,
Les cloches au milieu de la nuit, comme d’elles-mêmes, les cloches se sont mises à sonner !
On ne comprend pas ce qu’elles disent, elles parlent toutes à la fois !
Ce qui les empêche de parler, c’est l’amour, la surprise toutes ensemble de la joie!
Ce n’est pas un faible murmure, ce n’est pas cette langue au milieu de nous-mêmes suspendue qui commence à remuer !

C’est la cloche vers les quatre horizons chrétienne qui sonne à toute volée !…
Vous qui dormez, ne craignez point, parce que c’est vrai que j’ai vaincu la mort !
J’étais mort, et je suis ressuscité dans mon âme et dans mon corps !
La loi du chaos est vaincue et le Tartare est souffleté !
La terre qui, dans un ouragan de cloches de toutes parts s’ébranle, vous apprend que je suis ressuscité!

 

“Toi, qui es-tu ?”, Paul Claudel, Gallimard, 1946, p. 119-120

 

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