Les Saints Innocents

Homélie prononcée en la fête des Saints Innocents

Evangile selon saint Matthieu 2, 16-19

« Alors Hérode, voyant qu’il avait été joué par les mages, se mit dans une grande colère, et il envoya tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui étaient à Bethléem et dans tout son territoire, selon la date dont il s’était soigneusement enquis auprès des mages. Alors s’accomplit ce qui avait été annoncé par Jérémie, le prophète: on a entendu des cris à Rama, Des pleurs et de grandes lamentations: Rachel pleure ses enfants, Et n’a pas voulu être consolée, Parce qu’ils ne sont plus.»

Il y a quelque chose de profondément laid au cœur de l’homme, le mal… Symbolisé aujourd’hui par ce coup de folie d’Hérode, mythique ou historique à la limite peu importe… il exprime le fait que l’homme à l’état de nature peut être un loup pour l’homme (comme le disait Hobbes)… Que l’innocent est de fait menacé.

Me remonte personnellement en mémoire un récit beaucoup plus récent, c’est celui de ses chariots décorés et sonorisés avec musique joyeuse que les nazis avaient conçus dans certains camps pour ramasser les enfants, leur donner l’illusion qu’ils allaient à la fête. Ils pouvaient ainsi les conduire ainsi en toute tranquillité à la chambre à gaz. Comment des hommes ont-ils pu concevoir une telle horreur, un tel mensonge ? Le plus surprenant dans l’histoire est que certains gamins ont été capables de démasquer ce mensonge et d’en réchapper. Ils avaient découvert cette profondeur du mal, cette capacité en l’homme d’éliminer l’innocent…

Il y aurait de quoi désespérer et se dire comme nombre de nos contemporains : « l’humanité est sans avenir », « le monde est fichu »…

Mais il y a Jésus… Jésus est venu au cœur de cette humanité-là et s’est fait l’un de nous. Dieu s’est incarné dans une Terre Promise qui semble s’être radicalement détournée du projet de Dieu. C’est pourquoi tout est inversé dans l’évangile de Mathieu : le pays de l’oppression, l’Egypte devient le pays refuge. Jésus, nouveau Moïse, fait le chemin inverse de son prédécesseur. Jésus demeure le repère dans un monde sans repère…

Nous sommes à Noël et s’il y a le mal, il y a aussi la lumière. Comme nous le dit Jean, une lumière dans laquelle il n’est point de ténèbre. Face à cette lumière, il nous invite non pas à dire mais à faire. A nous méfier de ce qu’on dit, à sortir ainsi de l’illusion que nous disons ce que nous faisons… de l’illusion que nous sommes proches de Dieu par nos propres forces.

Nous n’avons qu’un chemin, celui qui est orienté vers le défenseur, le Christ, le Sauveur. Lui seul est lumière, lui seul dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit, lui seul déblaie les obstacle sur le chemin de la vie et dépasse le mal et la mort, hier, aujourd’hui, demain.

P. Hervé le Houérou sj

 

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