Le spirituel concret

 

La spiritualité est à la mode ? Fuite ou requête fondamentale ? « Le spirituel est lui-même charnel » disait Péguy, dénoncent ceux qui croient être de la grâce parce qu’ils ne sont pas de la nature, ceux qui pensent être du parti de Dieu parce qu’ils n’ont pas le courage d’être d’un des partis de l’homme. Dans la tradition ignatienne, le spirituel n’existe pas à part. En outre il n’est pas pieux ; il est tout entier apostolique, missionnaire, réfléchi, entreprenant, ouvert à l’universel ; il est actif dans tous les domaines de la vie humaine ; le physique et le moral, le manuel et l’intellectuel, le privé et le public, le profane et le religieux. Il se vit aussi bien dans les réalités permanentes de l’existence que dans les changements de l’histoire et les nouveautés d’une époque. « Toutes les générations », « d’âge en âge » dit la Bible (Luc 1,48-50).

L’essentiel est bien de « chercher Dieu », de « trouver Dieu », d’être « uni à Dieu » dans la familiarité la plus grande possible. Certes, mais, chaque fois, « en toutes choses ». Dans la révélation chrétienne du Dieu venu « habiter parmi nous » (Jean 1,14), du Christ « homme au milieu des hommes » (Jean 1,26), tout doit devenir terre sainte, haut lieu spirituel : la maison et la rue, le travail et le repos, la jeunesse et la vieillesse, la prière et les rencontres. Comment le chrétien ne se sentirait-il pas proche de l’humaniste qui désire que rien d’humain ne lui soit étranger ! Ne s’agit-il pas de « récapituler toutes choses dans le Christ », comme le dit saint Paul (Ephésiens 1,10) ?

Plutôt que les longues prières et les grandes pénitences qu’il avait lui-même pratiquées au début de sa conversion, Ignace de Loyola recommandait aux premiers jésuites la fidélité aux travaux entrepris par « obéissance et charité » au service du prochain. En effet, comment rejoindre le vrai Dieu sinon parmi les hommes, là où il nous précède ? L’homme spirituel authentique ne s’évade pas dans un ailleurs ; il marche humblement avec ceux et celles que Dieu lui donne pour compagnons de route sur la terre des hommes.


Edouard O’Neill sj

 

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