Jus de salade

 

On rêve de communauté où chacun, censément, serait le tout de l’autre.

Non pas comme des pommes sur le pommier où chacune est finalement pour soi et le soleil pour tous.

Ni comme des fruits dans une même corbeille : il y a diversité, mais juxtaposée.

Alors on invente la communauté passée dans la moulinette ou le mixer. Tout y passe en effet… la peau, les pépins. Il en sort un jus uniforme, plein de vitamines. Mais chacun y a perdu de sa personnalité.

C’était, dit-on, le résultat de certains ordres religieux autrefois. C’est peut-être aujourd’hui l’idéal de telle communauté de base où l’on ne sait plus très bien reconnaître laïcs, religieuses, gens mariés, célibataires.

Une solution meilleure ? La salade de fruits. Chacun reste lui-même : poire, pomme, banane, ananas. Et chacun bénéficie du goût propre de l’autre.

Mais à une condition : accepter évangéliquement d’être coupé en quatre, dix ou douze morceaux si l’on est un beau gros fruit. Seuls, les très humbles restent entiers : une cerise, un grain de raisin, une groseille.
“Farandoles et Fariboles”, Ed. Fayard
Jacques Loew

 

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