Etre témoins de la liberté du Christ

 

La résurrection de Jésus n’est pas un prodige évident. Si elle l’était, où serait la liberté de la foi ? Pourrions-nous croire encore en l’humilité d’un Dieu qui contraindrait notre raison ? Ou faudrait-il déclarer incultes, ignorants ou de mauvaise foi, ceux qui prétendent échapper à cette contrainte ? Au vrai, l’Évangile post pascal ne nous propose que des signes modestes qui sollicitent la foi.  Nul n’a vu Jésus sortir du tombeau. Il ne s’est pas montré ressuscitant. Il apprend simplement aux siens à le reconnaître  ressuscité. On est ici à l’extrême opposé des mythologies. Rien qui évoque l’idée d’un dieu mort qui prend sa revanche éblouissant par une victoire éclatante ceux qui l’ont fait périr. Si, au mépris des textes, nous glissons vers une représentation de ce type, nous faisons Dieu à notre image transposant en lui notre agressivité et notre rêve malsain d’une histoire dont à l’aide de merveilles supraterrestres il serait possible de s’évader.

Jésus ressuscité confie aux apôtres la mission d’être les témoins de sa liberté.  Il a vécu en homme libre. C’est parce qu’il est demeuré libre qu’il est mort. Ressuscité, il devient clair aux yeux de la foi que la liberté même de Dieu était la source de sa liberté d’homme, et qu’il n’a jamais opposé le moindre obstacle à son jaillissement dans le tréfonds de son être. Aucun risque qu’il veuille capter la nôtre, après être allé jusqu’au bout de l’amour pour la sauver ! Il ne change donc pas notre vie dans son multiforme conditionnement, car une liberté créée ne peut être créatrice de soi qu’en traversant des chemins de nuit de déterminisme et de violence. Mais il promet l’Esprit et le donne, pour que l’Énergie d’amour qui le fit libre nous fasse libres à sa ressemblance, et qu’ainsi nous soyons ses frères en liberté.

Jésus ressuscité n’exhibe pas l’incandescence de sa Gloire. Comment le pourrait-il si le point le plus incandescent de l’Incandescence divine est la puissance de l’amour qui, loin de s’exhiber, s’efface ? Lorsque, radicalement transformés, nous serons nous-mêmes au cœur du Feu, l’identité enfin comprise de l’humilité et de la fulguration splendide sera notre joie adorante.  Ce n’est pas possible dans l’ici-bas.  C’est pourquoi Jésus apparaît aux siens selon les lois de la condition humaine, dans la réalité d’une Gloire dont l’essentiel a pour eux forme d’ombre.


François Varillon sj

“ L’humilité de Dieu ”, Le Centurion, Paris, 1974, p. 157-159.

 

Pour télécharger une version texte de cet écrit (au format RTF), cliquez ici.

Répondre