Doux et humble de cœur

Cet écrit spirituel vient d’une homélie correspondant à la lecture de Mt 11, 28-30 et prononcée à Lalouvesc le 17 juillet 2008.

Pour mieux comprendre les paroles de Jésus, il faut avoir à l’esprit un paysage rural, avec deux bœufs attelés : deux bœufs attelés au même joug, tirant des charrues, freinés par le labour des socs ; ou tirant des charrettes saturées de fourrage ou de paille ; ou tirant des chariots gorgés de blé, de riz ou de mil.

On m’a dit un jour que, lorsqu’un jeune bœuf est attelé pour la première fois, on ne le met pas avec un débutant, mais avec un ancien, un bœuf expérimenté. Cela pour éviter que le jeune bœuf, plein de fougue et de volonté, ne se fatigue, ne s’épuise, voire ne se blesse. Le jeune est invité à être disciple de l’ancien, à apprendre de lui. Ainsi, peu à peu, le jeune marche au pas de l’ancien, trouvant son pas, ralentissant ou accélérant au bon moment, se posant correctement ou se re-posant, et le joug devient aisé et le fardeau léger.

Nous peinons parfois, chargés par les fardeaux de la vie,
fardeaux des déchirures et violences conjugales, familiales, communautaires, ecclésiales ou sociales,
fardeaux de la maladie,
fardeaux des complexités professionnelles,
fardeaux de l’isolement et de l’incompréhension,
fardeaux du vieillissement,
fardeaux de l’image que je me fais de moi-même ou que les autres me font subir,
fardeaux de l’enfermement de mon péché.

Lorsque nous peinons sous ces fardeaux, Jésus le Christ, compagnon des disciples peinant d’Emmaüs, nous invite à partager son joug.

Il nous invite, lui qui porte le péché du monde, à nous mettre à son école, à marcher à son pas.

Tout est alors possible lorsque le guide devient compagnon de route,
lorsque le guide s’implique lui-même dans la voie qu’il connaît et préconise,
lorsque le guide refuse de faire peser son pouvoir et prend sa part du poids des jours.

Marchons donc aux côtés du Christ, au pas du Christ, pour trouver notre pas.
Mettons-nous à son école, lui le doux et humble de cœur, pour qu’il nous enseigne à chercher et trouver la juste place, la juste manière d’être, la juste allure. Celle qui m’est unique, particulière et qui me fait tenir dans la durée, en avançant et en progressant, celle qui me fait être et agir, concrètement, avec miséricorde, auprès d’autres compagnons d’attelage qui peinent sous les fardeaux de la vie.

Jacques GEBEL sj

 

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